La course aux abonnements d’IA s’arrête le jour où vous fixez vous-même votre jalon : la tâche précise qui justifie le modèle le plus cher, et tout le reste, qui peut vivre avec moins. Voici comment je me suis fait prendre dans cette course, et comment j’essaie d’en sortir sans jeter l’outil.
J’ai commencé en gratuit, il y a deux ans. Puis Pro. Puis Max. Il me reste à deviner le nom du forfait suivant, et je sens qu’on me le prépare avec beaucoup d’amour.
Je dirige ADTG depuis 1990. Agence de communication d’abord, digitale ensuite, installée aujourd’hui à Amiens. J’ai vu passer le fax, le Minitel, Netscape, Lycos, les sites en Flash dont on était si fiers, et je me croyais vacciné contre les modes. Vacciné, oui. Maître de la situation, pas du tout.
Parce que l’IA, je l’ai mise partout. Dans les process, les devis, la rédaction de nos contenus, nos brainstormings, notre stratégie, jusque dans mon café du matin, où je réfléchis à voix haute avec une machine sur les projets de la journée. Sans trop de discernement, je l’avoue, avec l’enthousiasme d’un gamin lâché dans une salle d’arcade, les poches pleines de jetons. Des jetons, tiens. On y reviendra, le mot a changé de sens.
Pourquoi les nouveaux modèles d’IA sortent-ils les uns sur les autres ?
Parce que les grands éditeurs se livrent une course frontale, et que chaque sortie appelle une riposte. Le 22 septembre 2026 en offre un exemple presque caricatural. Anthropic lance ce jour-là Claude Opus 5.5, qu’il annonce au niveau de son modèle haut de gamme, Claude Fable 5.1, sur la plupart des tâches, pour 4 $ le million de jetons en entrée, contre 10 $ pour Fable 5.1, sorti trois semaines plus tôt (Anthropic, annonce du 22 septembre 2026, reprise par VentureBeat). Le même jour, OpenAI sort GPT-6 Sol et GPT-6 Luna, deux modèles moins chers (VentureBeat, 22 septembre 2026), environ une heure et demie après l’annonce d’Anthropic selon le site spécialisé Karmactive.
Et moi je suis au milieu, comme un chien entre deux maîtres qui lancent chacun sa balle. Le chien de Lycos n’a jamais couru aussi vite, croyez-moi. Je cours. Évidemment que je cours.
Je me suis même demandé s’ils ne s’entendaient pas en douce. Je n’ai rien trouvé qui le prouve, et je préfère le dire franchement plutôt que de nourrir un complot de comptoir. Le plus vexant, c’est qu’ils n’en ont pas besoin. Le marché est déjà bien tenu : OpenAI, Google et Anthropic pesaient à eux trois plus de 84 % du secteur mondial des agents d’IA en mai 2026 (Autorité de la concurrence, avis 26-A-05, 17 juillet 2026). La course suffit. Nous, on gambade, et ce sont nos budgets qui s’essoufflent.
Combien vous coûte vraiment un abonnement d’IA ?
Moins qu’il ne coûte à celui qui vous le vend, pour l’instant. Et c’est justement ce qui devrait vous inquiéter.
Le modèle économique est celui du freemium : une version gratuite, puis plusieurs niveaux d’abonnements payants pour accéder aux modèles plus puissants et repousser les limites d’usage, tandis que l’accès par API, c’est-à-dire le branchement direct d’un logiciel sur le modèle, se paie à la consommation, au nombre de jetons (Autorité de la concurrence, avis 26-A-05, 17 juillet 2026). Voilà le sens nouveau du mot. Le jeton ne se glisse plus dans une borne d’arcade, il se facture au million.
Selon le cabinet d’analyse SemiAnalysis, les abonnements d’Anthropic et d’OpenAI sont vendus bien en dessous de ce qu’ils coûteraient à pleine utilisation : un forfait à 200 $ par mois, utilisé au maximum, représenterait jusqu’à 14 000 $ de jetons au tarif de l’API chez OpenAI, et un agent qui travaille seul peut consommer jusqu’à mille fois plus de jetons qu’une simple question (Developpez.com, 15 juin 2026).
Faites le calcul à l’envers. Un fournisseur qui vend à perte ne le fera pas éternellement. Le cabinet de conseil Fertilidée pose la bonne question aux dirigeants de TPE et de PME : que deviendrait votre activité si l’outil de vos équipes voyait son abonnement doubler ou tripler, ou passait d’un forfait à une facturation à la consommation (Fertilidée, 7 juillet 2026) ? Ce n’est pas de la science-fiction. C’est une ligne de budget.
Et pourtant, la semaine où j’écris ces lignes, la carotte vient de baisser de prix. Plus fort, moins cher, plus vite. Alors pourquoi je m’arrêterais, sachant que mes confrères, eux, ne s’arrêteront pas ?
Où se cache la vraie dépendance à l’IA ?
Dans l’habitude, bien plus que dans le prix. L’Autorité de la concurrence le dit avec ses mots à elle, moins drôles que les miens mais nettement plus solides : plus un agent d’IA traite de données et conserve d’historique, plus il se personnalise, et plus il devient coûteux et difficile de migrer vers un autre, d’où un effet de verrouillage (avis 26-A-05, 17 juillet 2026). Autrement dit, ce n’est pas le forfait qui vous tient. C’est tout ce que vous lui avez appris.
L’écrivain Cory Doctorow a donné un nom à ce cycle chez les plateformes numériques, l’« enshittification », dont je vous laisse chercher la traduction, elle n’est pas pour les enfants. Le principe : on séduit l’utilisateur avec un excellent service, on le rend captif, puis on dégrade le service pour se rémunérer sur lui. Rien ne dit que l’IA suivra ce chemin. Rien ne dit non plus le contraire.
Le sujet dépasse d’ailleurs nos petites agences. La commission d’enquête de l’Assemblée nationale sur les dépendances structurelles dans le secteur du numérique, créée le 3 février 2026, a adopté son rapport le 8 juillet 2026 ; ses travaux ont porté notamment sur les technologies d’IA contrôlées par des acteurs extra-européens et sur les risques de dépendance économique et de verrouillage technologique (Assemblée nationale, communiqué de presse, juillet 2026).
Et notre avidité fait le reste. Vouloir toujours ce qui nous rendra un peu plus dépendants. Comme une drogue. Le mot n’est pas trop fort.
Comment rester libre sans cumuler les forfaits d’IA ?
En rendant votre travail portable plutôt qu’en multipliant les abonnements. Diversifier ses fournisseurs, pris au pied de la lettre, revient à payer deux ou trois forfaits premium au lieu d’un. On soignerait la dépendance en doublant la dose.
Ce que je fais, et ce que nous proposons aux PME que nous accompagnons, tient en quatre gestes. Un seul abonnement principal, celui qui vous sert chaque jour, pas un par éditeur. Le paiement à l’usage pour le reste : quand vous voulez tester un autre modèle ou lancer un traitement ponctuel, l’API se facture aux jetons consommés, sans forfait mensuel. Des modèles ouverts, qui s’installent gratuitement sur un ordinateur récent, moins puissants que les modèles de pointe mais très corrects pour reformuler, trier, résumer ou faire un premier jet. Et surtout, vos actifs dans des formats neutres : vos consignes, vos procédures, vos modèles de prompts dans de simples fichiers texte, et vos données chez vous.
C’est ce dernier geste qui compte le plus. Il vous permet de changer de modèle le jour où l’un devient trop cher, sans tout reconstruire. L’Autorité de la concurrence va dans le même sens quand elle demande de garantir aux utilisateurs la possibilité de migrer d’un agent d’IA à un autre sans perte significative d’information (avis 26-A-05, recommandation n° 5). En attendant que les éditeurs s’y mettent, mieux vaut s’organiser soi-même.
Chez ADTG, c’est la logique que nous appliquons lors d’un déploiement d’agent IA sur mesure à Amiens comme quand nous installons un chatbot et des agents IA pour PME à Amiens : vos données restent chez vous, et l’agent peut changer de moteur sans que vous changiez de méthode.
À quoi ressemble un jalon, concrètement ?
À une tâche précise, écrite noir sur blanc, qui justifie le modèle le plus cher, et à la liste de tout ce qui peut s’en passer.
J’ai longtemps cherché le jalon du côté de la machine. Quand il écrira mieux que moi ? On n’en est pas loin, merci pour l’ego. Quand il pensera plus vite que moi ? C’est fait, depuis longtemps. Quand il devinera ce que je veux avant que je le sache moi-même ? On y vient, doucement, sournoisement. Aucune de ces bornes ne tient, parce qu’elles parlent de l’outil, pas de mon travail.
Alors j’ai retourné la question, et pour chaque usage je fais trois vérifications. Le temps réellement gagné, mesuré sur une semaine ordinaire, pas le jour de la démonstration. La dernière fois où le modèle le plus puissant a fait une différence que le précédent n’aurait pas faite, une différence visible dans le livrable, pas dans les tableaux de performances. Et le coût cumulé de tous mes abonnements, rapporté à ce temps gagné. Si la deuxième réponse est « je ne sais plus », le jalon est atteint pour cet usage. Le modèle suivant peut sortir. Il sortira sans moi.
Je n’ai pas fixé tous mes jalons, je l’avoue. Il reste des usages où je cours encore, par curiosité, par plaisir, et un peu par peur de rater le train. Mais je sais maintenant où regarder. Pas vers la prochaine sortie. Vers mon propre travail.
Et vous, il est où, votre jalon ?
Questions fréquentes
Faut-il un abonnement d’IA par outil ou par éditeur ?
Pas nécessairement. Un abonnement principal couvre l’usage quotidien ; les usages ponctuels peuvent se payer à la consommation via l’API, et une partie des tâches simples peut tourner sur des modèles ouverts gratuits.
Les prix des abonnements d’IA vont-ils augmenter ?
Personne ne peut l’affirmer. Les prix au jeton baissent à chaque génération de modèles, mais SemiAnalysis estime que les abonnements sont vendus sous leur coût réel à pleine utilisation (Developpez.com, 15 juin 2026), et Fertilidée invite les TPE et PME à se préparer à des hausses ou à un passage à la facturation à l’usage (7 juillet 2026).
Comment éviter d’être verrouillé chez un fournisseur d’IA ?
En gardant vos consignes, vos procédures et vos données dans des formats neutres, chez vous, et en testant de temps en temps un autre modèle via l’API. C’est la portabilité que recommande l’Autorité de la concurrence dans son avis 26-A-05 du 17 juillet 2026.
Sources
- Autorité de la concurrence, avis 26-A-05 du 17 juillet 2026 sur le fonctionnement concurrentiel du secteur des agents d’IA
- Developpez.com, 15 juin 2026, analyse SemiAnalysis sur le coût réel des abonnements
- Fertilidée, 7 juillet 2026, « L’IA générative dans votre entreprise : la dépendance critique que vous n’avez pas vue venir »
- Assemblée nationale, commission d’enquête sur les dépendances structurelles dans le secteur du numérique, communiqué de juillet 2026
- VentureBeat, 22 septembre 2026, sortie de Claude Opus 5.5 et de GPT-6 Sol et Luna
- Karmactive, 23 septembre 2026, délai de la riposte d’OpenAI